You say goodbye, I say hello !

4.07.16
de editeur

Qu’est ce qui peut servir de source à un spectacle ?

Quand beaucoup refusent de s’astreindre à monter des textes, quand d’autres déplorent l’absence d’auteurs de théâtre contemporain, la compagnie Kassys (Amsterdam) assume avec beaucoup d’humour leur choix d’ériger tout type de matériau comme possible dramaturgie. En effet, avec Total Eclipse of the heart, la metteur en scène Liesbeth Gritter choisit de construire son spectacle exclusivement à partir de paroles de chansons de musique pop anglophone. Par un savant mélange des morceaux, une structure dramatique se révèle, reposant d’ailleurs sur les mêmes règles dictées par Aristote dans sa Poétique : un lieu, une rencontre, un conflit, des déclarations d’amour et d’amitié, une séparation et des adieux.
On a donc quatre hommes qui entrent en scène munis de ce qui pourrait être des accessoires de chantier. Ils ont le regard sévère, froid, impassible. Ils s’observent, silence. Et soudain : « Hello ! », « Hello, hello, hello ! » : les interjections mélodiques résonnent dans l’espace et font naître des vagues de rires dans la salle. La véritable réussite de ce spectacle repose en effet sur cette distance avec laquelle les quatre hommes d’âges différents déclament les chansons les plus kitsch du monde : jusqu’à la fin, ils gardent le même sérieux et cette froideur qui contrastent tant avec leurs déclarations. On retrouve là les caractéristiques d’une certaine esthétique des pays nordiques – on pense notamment aux films du suédois Roy Andersson, dont la distance ironique accentue l’absurdité des situations.

Parlons justement de situation, celle-ci est très simple : les hommes se rassemblent, se rencontrent, semblent vouloir construire un espace, un chantier ou une maison, peut-être un bar, en tout cas un endroit où ils pourraient se sentir bien. Chaque élément devient alors prétexte à chanson. Encore une fois, il y a décalage entre une situation concrète et souvent absurde et une parole lyrique et très expressive. On se rend d’ailleurs vite compte de la platitude de ces paroles de chansons qui mènent irrévocablement à des situations extrêmement larmoyantes et dramatiques ; et pourtant on s’en émeut, portant un regard nostalgique et amusé sur ces longues heures passées à écouter du Sting, des Beatles, U2, Gwen Stefani, Abba, Johnny Cash, Lykke Li et tant d’autres…

On aime la façon dont ils parviennent à décliner le concept : ils alternent entre des paroles chantées dans leur mélodie originale et des paroles simplement scandées comme un texte ou poème. On aime entendre quelques onomatopées et cris à la Michael Jackson qui renforcent encore davantage l’écart entre une situation très concrète et une parole dramatique. On aime les intermèdes musicaux qui deviennent le lieu de chorégraphies ultra-simplistes aux accents tragiques. On aime le détournement de tous les accessoires en potentiels instruments de musique de rock. On aime se laisser porter par le kitsch. On aime que les comédiens ne soient pas vraiment virtuoses et laissent glisser des fausses notes dans leur interprétation.

Bref, on s’amuse.
YEAAAAAAAAH !

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