Le syndrome des mérules pleureuses

2.09.16
de editeur

Spectacle de sortie présenté les 8 et 9 Septembre 2016 dans le cadre du festival OUT3, mis en scène par Maxine Reys.

 

« Toujours repousse l’herbe par-dessus la frontière. 
L’herbe doit être arrachée de nouveau et de nouveau qui pousse par-dessus la frontière. »  Le père, Heiner-Müller

« Mérule ». nom masculin ou féminin.

Énorme champignon basidiomycète de consistance molle, poussant sur les bois ouvrés et en provoquant la pourriture. Son épithète spécifique, lacrymans ou « pleureuse », vient des larmes colorées qu’exsude son mycélium. La mérule pleureuse se propage de préférence en se dissimulant, pendant assez longtemps, dans des espaces creux, derrière les meubles, dans les planchers et derrière les revêtements muraux. Elle peut se développer durant un à trois ans avant de devenir visible.


La travail part d’un désir pour des comédiens, pour six interprètes qui forment trois duos. Des gémellités se créent, des désirs, des distorsions. Et puis une absence soudaine et imprévue nous fait perdre l’équilibre, nous fait sentir tous un peu amputés. L’écriture a surgi de ce trou. Quelles sont les modes d’action face à l’absence, le vide et la vanité ? Comment réagir à la catastrophe, qu’elle soit intime, naturelle ou politique ?

L’écriture s’attache à un film de Peter Greenaway, ZOO, (des jumeaux zoologistes et fascinés par le processus de décomposition perdent leurs femmes dans un accident de voiture, dont la survivante devient le lien érotique et mortifère qui les unit) ainsi qu’à un roman de l’écrivain congolais Sony Labou Tansi, La Vie et demi (le roman suit le parcours de Chaïdana, une jeune femme dont le père, accusé d’être chef d’une rébellion, a été exécuté sous ses yeux tout comme le reste de sa famille qu’elle a été obligée de manger sous la forme de pâté. Dans un pays gouverné par un tyran, elle essaie de trouver un moyen de mener sa vengeance.)

Ces deux références, on les a mangées et digérées. Deux thèmes revenaient toujours : la menace et la mort. La menace qui pèse sur un pays, un système ou un fonctionnement établi, et la mort proche et soudaine – une autre menace. Bref, des mérules pleureuses, tapies dans l’ombre de nos charpentes, silencieuses, prêtes à surgir. Dans ce clair-obscur entre un monde ancien qui ne parvient pas à mourir et un monde nouveau qui n’arrive pas à naître, surgissent les monstres – dit Gramsci. Et rarement on ne sait définir quand ni pourquoi ils jaillissent, monstres ou mérules. L’indétermination profonde qui les caractérise rend leur menace d’autant plus puissante.

Sur le chemin, on a évidemment croisé beaucoup d’autres mondes, des références les plus bizarres (Dead Ringers de Cronenberg), en passant par les absurdes (Le Roi se meurt, Ionesco) et les lointaines (Conscience de tracteur, Sony Labou Tansi), et jusqu’aux mythes fondateurs comme Hamlet. Dans Hamlet également il y a une perte initiale, ontologique – j’aime bien dire UN TROU – ainsi qu’une remise en cause de l’action politique. Une action peut-elle changer l’état d’un pays et rétablir une vérité ? Quelle vérité ?

C’est un peu l’histoire d’amputés qui essaient de rester droit quand ils regardent LE TROU.


Texte & mise en scène : Maxine Reys

Avec : Karine Dahouindji, Camille Le Jeune, Nicolas Mayorga Ramirez, Guillaume Miramond, Margot Van Hove et Maxime Gorbatchevsky (par interférences)

Dramaturgie : Sarah Calcine

Scénographie : Jeanne Wéry

Technique : Céline Ribeiro, Justine Bouillet.

 

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