It’s raining (orange juice) on prom night…

28.06.16
de editeur

Une salle de sport, un éclairage au néon, quelques ballons, un bar improvisé avec un cheval d’arçon, des popcorn, du ponch, et de la musique un-peu-fort-mais-pas-trop-non-plus : tous les ingrédients sont là pour faire la fête, mais rien n’annonce que la fête puisse être particulièrement réussie. Et pourtant, c’est l’objectif :

« Allez, mais levez-vous, quoi, parce qu’une fête où tout le monde est assis on sait comment ça se finit, dans vingt minutes il n’y a plus personne »

Celui qui parle avec un enthousiasme un poil trop volontariste pour être réellement contagieux, en maillot jaune, mini-short bleu et chaussettes montantes, c’est Philippe, le personnage principal de Prom, une performance de Philippe Wicht présentée samedi dernier au Belluard. Le but de la soirée : rejouer son bal de fin d’études pour conjurer le traumatisme subi à l’époque.

Au fil de la performance, Philippe nous raconte, par fragments, l’histoire de sa scolarité, entre moqueries et humiliations, jusqu’au bouquet final du bal de promotion. La parole passe sans arrêt de l’effet d’annonce à l’ellipse, comme s’il voulait parler mais ne pouvait pas, certainement parce que l’anecdote le constitue autant qu’elle le diminue. C’est à la fois drôle et très frustrant.

Si tout commence avec cette histoire tristement banale, on bascule peu à peu dans un monde bien plus étrange, peut-être une plongée dans le monde intérieur du personnage, écartelé entre une admiration sans borne et une haine profonde pour ses camarades de classe qui le martyrisent. À moins que ce ne soit le monde intérieur du personnage qui fasse irruption dans notre réalité. Qui, au pire moment de l’humiliation, n’a jamais eu des rêves de toute-puissance ? Sur scène, une petite chanson devient incantation, et tout peut arriver…

© Leeli Photography

Prom, finalement, met en jeu avec une grande justesse la thématique du harcèlement scolaire. Les émotions en jeu sont violentes, cruelles, peut-être plus intensément encore parce qu’elles s’inscrivent dans le monde de l’enfance ou de l’adolescence, des âges où ces pulsions-là se déploient dans l’incompréhension totale (voire l’indifférence amusée) des adultes. Pourtant, on y expérimente peut-être bien cette règle terrifiante qui veut que nous puissions tous, à un moment ou à un autre, sans véritable raison, devenirs bourreaux ou victimes.

Philippe Wicht arrive, mine de rien, par petites touches, à ranimer cette intensité là, sans pitié ni pathos, et aussi sans moralisme – car le personnage de Philippe est aussi ridicule que dangereux, émouvant que psychopathe ; tandis qu’en tant que spectateurs, on s’identifie autant, et avec la même délectation, à Philippe qu’à ses harceleurs.

Pour Prom, Philippe Wicht s’est inspiré du film d’horreur Carrie, réalisé par Brian De Palma. Pourtant, dans la performance, la dimension paranormale ou terrifiante n’est pas centrale, même si elle est déterminante. En sortant, j’avais plutôt en tête le massacre de Columbine…

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