Il faut cultiver notre jardin

25.06.16
de editeur

Tania El Khoury a recueilli les témoignages des proches de dix victimes du conflit syrien et a reconstitué leurs histoires, que les spectateurs sont invités à entendre jusqu’à dimanche dans la pièce sonore interactive Gardens Speak,dans le sous-sol du Nouveau Monde.

La jauge est réduite : dix spectateurs pour dix destins. Quelques indications, et nous sommes invités à entrer dans l’installation. On est loin du spectacle que nous livrent quotidiennement les journaux et les télévisions, loin des images-choc qui sont d’une violence inouïe mais restent confinées à l’infinie distance que crée la lumière d’un écran ou le papier glacé d’un magazine.

Dans Gardens Speak, l’expérience est très personnelle. Elle touche à notre rapport aux absents. Entre les morts et nous, une étrange intimité se forme, la sensation d’une rencontre privilégiée. L’histoire qui nous est confiée a des allures de secret précieux, et il en naît un certain sentiment de responsabilité : il faut écouter, jusqu’au bout, entendre et se souvenir.

En Syrie, où les enterrements d’activistes sont synonyme de danger pour les survivants, qui s’y exposent aux représailles du régime, les martyrs sont fréquemment enterrés dans des jardins privés, sans pierre tombale. Ce sont les vivants qui perpétuent leur mémoire.

Les tombes de Gardens Speak ne livrent pas d’ossements, mais des mots chuchotés. Pourtant, la sensation d’une présence très forte se dégage – peut-être parce que notre propre corps prend peu à peu place dans le récit qui nous est raconté.

L’installation de Tania El Khoury fonctionne en ce qu’elle permet une rencontre sous forme de recueillement pour des inconnus dont on partage une part d’humanité.

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