Drôle de (Conférence de) choses

1.07.16
de editeur

Je voudrais savoir si ce type, Pierre, est un historien ou un truc du genre, un intellectuel ou un universitaire ; la logique voudrait que oui car comment peut-on savoir tant de choses, retenir le nom de toutes les dynasties chinoises, le nom des douze tribus d’Israël, citer précisément la date de naissance et la date de mort d’une dizaine de personnages historiques… Et ce, sans laisser s’échapper le moindre signe d’effort intellectuel.

Moi je voudrais que non, je voudrais que sa profession ne soit pas liée à la connaissance, que ce type sache toutes ces choses par passion. Que ce soit un autodidacte. Je devrais aller regarder sur internet. Dans tout les cas, il est passionnant. Je voudrais qu’il soit mon grand-père (non pas parce qu’il en aurait l’âge, mais parce que c’est le fantasme du conteur /cheminée /verre de lait /soirée d’hiver). Bon déjà, il raconte des histoires, il n’analyse pas de concept philosophique ou sociologique, ne fait pas de vulgarisation scientifique, ne parle pas d’histoire de l’art (en tout cas le soir où je l’ai vu).

Ses domaines de prédilection sont plutôt la mythologie, le cinéma, l’histoire, l’étymologie et les jeux de mots. Plus proche du conteur que du conférencier donc. Ensuite un fil narratif qui fonctionne sur le modèle de la pensée en marche, par digressions, sauts de cabri entre une référence et une autre. On n’a pourtant aucun mal à suivre. Quel est l’intérêt de la digression ? Parce que je sens bien qu’il y a un intérêt (je veux dire un vrai, pas seulement le fait que ce soit rigolo de reconstituer a posteriori ce qui l’a fait passer d’une histoire à l’autre). Nouer des liens entre des choses qui n’ont a priori rien à voir ?

Une bonne amie m’a dit un jour que l’intelligence ne se situait pas dans le fait de savoir plein de trucs, mais dans la manière d’agencer et de relier toutes ces connaissances. Alors peut-être que c’est ça, que le plaisir de la digression se situe dans le plaisir d’observer quelqu’un d’intelligent et d’être content de réussir à le suivre de façon instinctive. On finit dans un état de semi-conscience enfantine, on laisse son esprit vagabonder au gré des histoires, bercé par les mots de Pierre, grand père fantasmé.

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