Le Belluard 2016 ouvre ses portes

24.06.16
de editeur

Hier soir, c’était la première véritable soirée d’été de l’année, de celles où on a vraiment chaud jusque tard dans la nuit.

Hier soir, c’était l’ouverture de la 33ème édition du Festival Bollwerk International, qui a choisi comme thème central de sa programmation la notion de tradition vivante.

Et, justement, le Belluard est entré tout récemment dans la liste officielle des traditions vivantes du Canton de Fribourg. Une inscription dont on peut se demander si elle n’est pas intrinsèquement contradictoire en inscrivant dans le patrimoine des pratiques qui sont par définition amenées à évoluer constamment, si le risque n’est pas de transformer la tradition, pratique insaisissable et mouvante, en folklore, image de marque. Ou alors, au contraire, on peut reconnaître à ce nouveau recensement des traditions vivantes, très diversifié, le mérite de dépoussiérer la notion de tradition d’un sens commun un peu sclérosé.

En tous cas, c’est bien à cette tâche que s’attelle le Belluard de cette année, tradition peut-être, mais festival vivant à coup sûr. Le programme, particulièrement alléchant, s’attache à la fois à nous faire découvrir, à questionner et à réinventer une multitude de traditions d’ici et d’ailleurs, pour interroger « le potentiel de création qu’ont les traditions vivantes pour les sociétés postmigratoires de demain », annonce l’édito du festival. Rien que ça…on jubile.

Le festival s’est ouvert sur une performance des artistes du collectif SADI, venus de Kinshasa, et qui présentent l’exposition Enigme, Insula Trans Verso. Dans la lignée des SAPEurs (SAPE, pour Société des Ambianceurs et Personnes élégantes), « enfants terribles de la mode congolaise », qui revendiquent depuis l’indépendance des deux Congo leur souveraineté et leur dignité à travers leur amour de l’élégance, ils nous présentent une collection de vêtements très contemporains fabriqués à partir de méthodes traditionnelles (mayaka, bambou), ou de récupération (papier) ; des photos et vidéos prises à Kinshasa accompagnent le tout.

En fin de soirée, le danseur Alexandre Paulikévitch présentait le spectacle Baladi Ya Wad dans lequel le danseur d’origine libanaise nous faisait découvrir le baladi, une danse de cabaret égyptienne en voie de disparition dans un monde arabe déchiré.

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© Ramzy Haidar

Baladi Ya Wad est une ode nostalgique à un temps de fête, de rêve, d’érotisme : les interprètes, complices, nous invitent avec eux à rire et à danser dans une apparente insouciance. Pourtant, le spectacle ne se complaît pas dans la nostalgie et est, en même temps, une réappropriation très contemporaine et politique du baladi. En s’appropriant cette danse traditionnellement réservée aux femmes, Alexandre Paulikévitch fascine, transgresse, et émeut. « Les révolutions échouent si elles ne libèrent pas les corps », affirme-t-il dans le programme de salle.

Face à la chair exposée, on pense à la progression des intégristes religieux depuis les révolutions du printemps arabe ; face à la beauté des mouvements, l’exaltation du corps, on pense aux tortures et aux oppressions que subissent les homosexuels partout dans le monde arabe.

Comme toute soirée d’ouverture, celle-ci s’est terminée dans le bar, avec beaucoup de monde, de la musique, de la bonne nourriture, et de belles promesses pour la suite du festival. Hier soir, la lune était particulièrement brillante en rentrant.

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